Merci Pierre Jean LLorens pour cet article très intéressant en partage :
Depuis la crise de 2008 et suite à un choc que les économies des pays développés n’avaient pas
connu depuis la crise des années 30, les banques centrales ont mis en œuvre des politiques monétaires accommodantes. Face à une activité qui reste encore relativement atone, elles expérimentent de nouvelles politiques non conventionnelles.
Qu’est-ce qu’un taux d’intérêt ?
Le taux d’intérêt est un prix. Le prix auquel un préteur et un emprunteur sont d’accords pour que le premier prête au second. Il existe dans nos économies de nombreux taux d’intérêt. La liste serait longue à détailler ici. Pour simplifier toutefois, on a coutume de les classer en fonction de l’horizon du prêt et la nature de l’emprunteur. Les échéances de ces emprunts peuvent aller de la journée à 30 ans.
Parmi les emprunteurs, on trouve essentiellement les états, les banques et les entreprises. Ces emprunteurs peuvent également être classés selon leur qualité. C’est le rôle des agences de notation d’analyser la capacité de ces emprunteurs à rembourser leurs emprunts et de mettre une note.
Les notes vont de AAA (meilleure note) dans lesquels on retrouve des Etats ou des grandes entreprises jusqu’à C pour les emprunteurs étant passés sous l’analyse des agences de notation.
Le taux d’intérêt sera alors fonction de son horizon d’emprunt ainsi que la qualité perçue de cet emprunteur (notation par exemple). On comprend ainsi la difficulté à décrire l’ensemble des taux d’intérêt dans une économie moderne.
Lorsqu’on évoque le passage au taux d’intérêt négatif, on évoque en particulier à deux groupes de taux d’intérêt. Ceux pratiqués par les banques centrales dans le cadre de l’implémentation de leur politique monétaire et ceux auxquels les états peuvent emprunter.
Comme nous le décrivons par la suite, de nombreuses banques centrales ont mis en place des taux négatifs dans l’espoir de relancer l’activité économique, avec des conséquences sur les taux des emprunts d’états eux - mêmes.
Dans quels pays pratique-t-on une politique de taux négatifs ?
Les banques centrales contribuent au financement du système bancaire au travers de différents taux d’intérêt. Aujourd’hui, les banques centrales des pays ou zone suivantes ont délibérément fixé certains de leurs taux à des niveaux négatifs :
- Zone Euro
- Suède
- Suisse
- Danemark
- Japon
En zone euro par exemple, Les banques commerciales doivent payer 0.4%/an à la BCE pour leurs dépôts et se financent à 0%. L’objectif étant d’inciter les banques à prêter à l’économie.
Sous l’influence de ces politiques des banques centrales et des conditions économiques, les taux d’intérêt auxquels peuvent emprunter certains états sont aujourd’hui négatifs. Ou dit autrement, le prêteur paye l’emprunteur pour lui prêter de l’argent ! Dans le tableau suivant, nous reprenons l’ensemble des pays du G7 ainsi que la Suisse. Jusqu’à un horizon de 3 ans, la moyenne est négative. A 30 ans, le taux moyen est de seulement 1.4%.
Plus généralement, selon JP Morgan, aujourd’hui, près de 25% du stock de dette des états ont une rémunération négative. Cette proportion était proche de 0 début 2014.
Même du côté de la dette privée de bonne qualité, certaines grandes entreprises aujourd’hui voient la rémunération de leur dette passer en territoire négatif. C’est le cas par exemple de Nestlé et EDF. Au total, en zone Euro, c’est 15% du stock de dette des entreprises privées qui offre un rendement négatif.
Comment des taux de marché peuvent – ils devenir négatifs ?
Si la banque centrale pilote le taux au jour le jour, elle ne peut en revanche pas fixer le prix d’obligations échangées sur un marché libre. Par quels mécanismes influence-t-elle les taux de marchés ? Qui achète ces obligations à taux négatifs ?
On serait en effet tenté de penser que personne ne se précipiterait pour investir dans un placement dans lequel vous êtes certain de perdre de l’argent. Ou dit autrement, payer pour prêter de l’argent. Ce qui n’est pas naturel pour de nombreux investisseurs.
Sous cette hypothèse, les marchés ne pourraient produire naturellement des taux négatifs puisque la demande serait nulle à ces niveaux de taux. Imaginer demain que votre banque vous paye tous les mois parce qu’elle vous a prêté de l’argent pour acheter un bien immobilier. Situation cocasse !
Les choses ne sont pas aussi simples toutefois. S’arrêter sur ce simple taux de rémunération n’est pas suffisant. Prenons quelques exemples pour mieux comprendre comment des taux négatifs peuvent apparaitre sur les marchés :
- Dans un environnement de taux d’inflation négatif (déflation), détenir une obligation ayant un rendement nul voire négatif est un bon choix. Votre rémunération corrigée de l’inflation (rendement réel) sera positive. Paradoxalement, vous serez satisfait d’avoir perdu de l’argent (rendement négatif) mais de voir votre pouvoir d’achat progresser (rendement réel positif).
- Ensuite, si vous êtes convaincus que la banque centrale va fixer durablement ses taux à un niveau négatif, acheter des obligations ayant une rémunération supérieure à celui que fixera la banque centrale est également un bon placement. Vous ferez mieux que le taux de la banque centrale.
- Dernier exemple : si vous avez peur de l’avenir et souhaitez placer vos capitaux. Vous pouvez louer un coffre-fort et assurer évidemment ces capitaux. Ce n’est pas une solution commode toutefois pour des capitaux importants. Ou bien, vous pouvez accepter d’investir dans une obligation offrant une rémunération négative mais perçue comme sûre et liquide…après tout la première solution n’est pas gratuite non plus.
Ce ne sont que quelques exemples pouvant justifier l’achat d’obligations offrant une rémunération négative. Ce qui à première vue peut paraitre aberrant s’avère raisonnable voire même lucratif dans le contexte d’une inflation faible, d’une croissance atone et d’une aversion au risque élevée.
Qui achètent des obligations à taux négatifs ?
http://www.boursorama.com/actualites/taux-negatifs-2-2-qui-achetent-des-obligations-a-taux-negatifs-et-quelles-consequences-dda2e1ba26db9b754f2c85a92dd46168
Nous identifions plusieurs catégories d’investisseurs se positionnant à l’achat sur des obligations offrant des rendements négatifs les contraints réglementairement , les spéculateurs et les averses au risque .
Parmi les contraints réglementairement , on trouve les institutionnels, les banques centrales dans le cadre de la gestion de leur réserve de change, les compagnies d’assurance, les fonds de pension qui y sont contraints au travers de leur problématique de gestion actif-passif et enfin les banques commerciales pour des questions de gestion de liquidité.
Ensuite les spéculateurs qui cherchent à prendre position sur les prochaines actions de la banque centrale. Ils peuvent ainsi acheter des obligations bien qu’elles aient un rendement négatif.
Enfin, les investisseurs averses au risque constituent la dernière catégorie. Ils recherchent la liquidité et la sécurité même s’ils doivent payer pour ce service.
Quelles conséquences ?
Au travers de ces mesures, l’objectif des banques centrales est de pousser les agents économiques à prendre plus de risque et à investir afin de relancer l’activité. Parmi les nombreuses mesures prises par les banquiers centraux depuis 2008, le passage en taux négatifs est probablement la plus sensible et n’est pas sans problèmes.
Pour le système bancaire : les banques hésitent à faire payer les dépôts car elles craignent des sorties importantes de capitaux alors que la BCE facture les banques. Certains économistes doutent par conséquent de la capacité de ces mesures à relancer l’activité.
Autres conséquences : les choix d’investissement sont plus compliqués dans un environnement où les rendements sont faibles. Nous sommes en quelque sorte myopes ce qui nous conduit à raisonner à partir des rendements nominaux et non pas réels. Nous oublions que l’inflation est faible également.
Pour l’épargnant qui cherche à se constituer une épargne à long terme, la persistance d’un monde à taux négatifs pourraient le conduire à modifier ses habitudes au travers des options suivantes :
Consommer moins pour épargner plus : en effet, souvent dans la constitution d’une épargne, c’est la constitution d’un capital à l’échéance qui est recherché. La baisse des rendements peut donc inciter certains à augmenter leur taux d’épargne.
S’endetter plus pour investir plus : comme dans tout placement avec effet de levier c’est-à-dire avec de la dette pour financer le projet, tant que le rendement de l’investissement reste supérieur au taux d’emprunt, c’est parfait ! Les montages immobiliers répondent à ce besoin.
Plus de tactique pour plus de rendement : être opportuniste sur les marchés financiers pour tenter de capter les rendements plus généreux sur les marchés. Difficile à mettre en œuvre avec un succès régulier. L’offre de fonds dits flexibles répond à ce besoin.
Diversifier plus pour plus d’opportunités : accroître son univers d’opportunités pour bénéficier du potentiel d’autres marchés obligations d’autres pays, des actions,les solutions sont nombreuses. L’offre de fonds dits diversifiés répond à ce besoin.
Bien évidemment, ces quatre possibilités ne sont pas exclusives.
Jacques Tebeka - Directeur Général de Markus AM
Markus AM est une société de gestion indépendante basée à Paris et agréée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le numéro GP13000032. Une expertise en allocation d’actifs déclinée en produits diversifiés à forte valeur ajoutée.



