Depuis la mi-avril, médecins et instituts de beauté ont l’interdiction d’utiliser certaines techniques pour traiter la cellulite. Les professionnels s’indignent. De leur côté, des magasins continuent de vendre les mêmes technologies au grand public.

Certains traitements anti-cellulite pratiqués par les médecins et instituts de beauté sont-ils dangereux pour la santé ? Pour les pouvoirs publics, la réponse est oui. Depuis le 13 avril 2011, plusieurs techniques de «lyse adipocytaire» – autrement dit, de destruction des cellules de graisse – sont interdites.

Cette décision fait suite à un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) qui pointe les risques des techniques à base d’injections : «Elles sont associées à une effraction cutanée avec l’introduction d’un agent chimique et/ou thermique dans le tissu adipeux. L’absence d’aspiration de la graisse dégradée pose aussi le problème du devenir de cette graisse», explique la HAS. Elle recense plusieurs cas d’effets indésirables et de complications chez des patients : urticaires, infections, lésions, nécroses…

« Pas d’alternative entre la crème amincissante et le bloc opératoire »

Le décret interdit également, «en raison de la suspicion de danger grave», les techniques non invasives pratiquées grâce à des appareils à infrarouges, ultrasons, laser ou radiofréquences. Dans son avis, la HAS indique pourtant qu’«aucun effet indésirable grave n’a été relevé avec ces techniques». Elle estime cependant que, là non plus, les cellules graisseuses ne sont pas évacuées.

Médecins et esthéticiens font part de leur incompréhension. Dans un communiqué commun, onze associations et syndicats professionnels dénoncent un décret qui fait «un amalgame incompréhensible entre des techniques très différentes allant jusqu’à interdire des soins anodins d’application externe d’agents physiques comme les ultrasons ou les infrarouges». Ils rappellent que les infrarouges et ultrasons sont utilisés depuis des années dans le milieu médical, notamment pour le traitement de la douleur.

Selon eux, le décret bafoue la liberté du patient, ne lui laissant «pas d’alternative entre la crème amincissante et le bloc opératoire». Ils réclament en particulier une véritable évaluation des traitements anti-cellulite.

Des appareils interdits chez les médecins mais vendus chez Darty !

Leur colère pourrait-elle déboucher sur une révision du décret ? Une discussion a en tout cas été engagée avec le ministère de la santé.

Il semble de toute façon nécessaire de clarifier la réglementation qui conduit actuellement à des aberrations : en effet, s’il est désormais impossible de subir une lyse adipocytaire dans son institut de beauté, il est tout à fait possible de recourir à une technique équivalente directement chez soi.

Exemple avec la technologie à radiofréquences portant le joli nom de «Tripollar» : les appareils dédiés aux médecins et esthéticiens ne sont plus distribués depuis la mi-avril, mais n’importe qui peut, pour 290 €, s’offrir la version grand public sur des sites aussi connus que Darty ou La Redoute.

L’appareil, baptisé «Tripollar pose», utilise le même principe d’échauffement de la peau qui «accélère le métabolisme des cellules pour amincir la couche adipeuse, liquéfier les graisses et faire disparaître l'effet peau d'orange», explique la publicité.

Les distributeurs ne sont pas dans l’illégalité puisque le décret d’interdiction s’adresse uniquement aux professionnels de l’esthétique. Mais pourquoi rien n’est prévu pour la vente aux particuliers d’équipements ayant les mêmes techniques et fonctions ? Il semble urgent de remédier à cette faille.

Fabienne Loiseau

source 60 millions de consommateurs