La mode, phénomène cyclique ? Hier avec les pattes d'éph, les doudounes ou les semelles en crêpe, aujourd'hui avec les slims ou les chaussures bateau...

A grand coup de campagnes publicitaires, au gré des envies des stars, certains objets, hier complètement dépassés, opèrent un retour fracassant sur le devant de la scène.

Quelles ont été les conditions d'un tel retour en force ? Quelles entreprises ont pu en profiter ? Les cycles de la mode s'accélèrent-ils ? Découvrez 5 exemples récents pour y voir plus clair.

L'espadrille repasse la Loire

Les magazines féminins sont unanimes, l'espadrille sera le produit-phare de l'été 2011. Fini le temps où un sketch des Nuls en raillait l'aspect ringard. Des marques comme Pare Gabia, Arin, Castaner ou Maurice et moi ont participé à la renaissance de la chaussure d'été.

Plus d'un siècle après son apparition dans les Pyrénées, où elles n'ont d'ailleurs jamais cessé d'être portées, les raisons de son succès sont multiples. D'abord, son apparence écologique : composée de matériaux naturels (jute, chanvre), contrairement à la tong en plastique, elle s'accorde aux préoccupations environnementales d'aujourd'hui. Coût modéré en entrée de gamme, ensuite, équivalent à celui des tongs. Diversification du design, enfin, avec les espadrilles à semelle compensée par exemple qui rendent le produit plus attractif.

De quoi faire venir du monde aux fêtes de l'espadrille qui se multiplient dans les Pyrénées, aussi bien côté basque (à Mauléon, le 15 août) que catalan (Saint-Laurent de Cerdans, le 30 juillet).

Le Formica sort du bois

Mort et enterré il y a encore un an, le Formica semble refaire surface. Cette matière issue de la résine mélamine est à l'origine une marque américaine, originaire de Cincinatti.

Dans les années 50 et 60, son succès est tel que certains désignent ces années comme les "années Formica". Cuisine, salle de bains, mobilier... Son prix très faible, sa facilité d'entretien et son vaste choix de coloris (plus de 400 au catalogue actuel) expliquent cet engouement. Pourtant, dans les années 80, le Formica devient complètement ringard, associé à l'image de "cuisine de grand-mère".

L'entreprise américaine, pourtant, n'arrête pas son activité, et profite aujourd'hui de deux grands facteurs. D'une part, la crise économique qui pousse les ménages à privilégier les matériaux peu coûteux, et d'autre part la tendance de fond actuelle du rétro dans l'ameublement et la déco : attendez donc encore un peu avant de vous séparer de votre bon vieux buffet en imitation ronce de noyer !

Le tabouret tam-tam assoit son succès

Après un retour en force dans les années 2000, avec l'engouement pour les seventies, le célèbre tabouret Tam-tam, dessiné en 1968 par Henry Massonnet revient sur le devant de la scène. Le designer, mort en 2005, avait déposé plus de 150 brevets avant de prendre sa retraite en cédant sa société à François Pinaut. Plus de 12 millions de tabourets ont été vendus à travers le monde, malgré un gros passage à vide dans les années 80 et 90.

Par ses formes simples et harmonieuses, sa fonctionnalité et son faible coût (moins de 20 euros pour les modèles de base), le tabouret séduit plusieurs générations, malgré un lancement timide en 1968. Il a en effet fallu que Brigitte Bardot pose avec un tabouret Tam-tam pour que les ventes décollent.

Depuis quelques années, la société Branex Design ressort le Tam-tam avec des décorations originales, et surtout avec des fonctions améliorées, puisque l'iTam-tam propose d'accueillir les iPods et iPhone comme station d'écoute. Une renaissance à l'ère des hautes technologies qui a quand même un prix : 360€.

La chemise à carreaux cartonne

Alors que la mode est de plus en plus rapide à changer, il est des vêtements qui demeurent, sans qu'on sache pourquoi, intemporels. C'est le cas de la chemise à carreau, célébrée sur les blogs de mode depuis 2008.

Après un passage à vide entre la fin des 90s et la moitié des années 2000, elle semble indétrônable. Portée par des marques comme Levi's, Tommy Hilfiger ou Chevignon, elle quitte son aspect sale acquis avec le grunge de Nirvana et se féminise.

Portée aussi bien par Madonna que par Tom Welling (Clark Kent dans la série Smallville), elle jouit d'une confortable assise médiatique et est aussi bien plébiscité par les hipsters fans d'électro que par les cadres en week-end. Les grandes enseignes de textile, comme H&M ou Zara, ainsi que les maisons de luxe comme Dior ou Chanel se la sont appropriée et lui assurent une assise confortable pour les saisons à venir.

La trottinette, must-have des business men

Il y a encore quelques années, le seul moyen de trouver une trottinette était de flâner sur les brocantes et les marchés aux puces.

Au début des années 2000 pourtant, elle opère un spectaculaire retour sur le marché et devient incontournable. A l'origine jouet pour enfant, son respect pour l'environnement et sa plus grande maniabilité (elle est désormais pliable), qui la rend parfaitement adaptée à l'inter-modalité des déplacements l'a rendu attractive auprès d'une population urbaine.

Enfants qui vont à l'école, jeunes qui rentrent de soirée après les derniers bus et métro ou cadres qui sortent des immeubles du quartier de La Défense, nombreux sont ceux qui l'ont adoptée.

Un bémol cependant, l'effet de mode commence à s'essouffler et les ventes baissent. On observe donc une mutation de l'offre, avec la multiplication des trottinettes à moteur, plus chères (environ 500 euros) pour attirer une nouvelle clientèle.

La mode à travers l'Histoire

 "La mode domine les provinciales, mais les Parisiennes dominent la mode" disait déjà Jean Jacques Rousseau au XVIIIe siècle. A la valeur utilitaire de vêtements s'est ainsi très vite ajoutée une valeur symbolique, aussi bien de hiérarchisation sociale (seuls les nobles avaient, par exemple, le droit de porter des talons rouges) que d'uniformisation (on le voit aujourd'hui avec les sacs Eastpack des adolescents).


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A partir du milieu du XIXe siècle, les premières maisons de haute-couture se mettent à fleurir à Paris. On en comptait une vingtaine en 1900, puis une centaine en 1946 contre 14 actuellement. Dans le même temps, le prêt-à-porter fait son apparition en 1830.

Au XXe siècle, le cinéma et la télévision démultiplient la propagation des modes. C'est Marlon Brando, par exemple, qui popularise le t-shirt en en portant dans le film d'Elia Kazan, "Un tramway nommé Désir", ou Brigitte Bardot, formidable "outil" promotionnel pour le bikini dans "Et Dieu créa la femme". Cette pratique s'est depuis institutionnalisée avec le placement de produits, particulièrement évident dans les épisodes de la série James Bond.

source : lejournaldunet