Merci Pierre-Jean Llorens pour le partage de cet article :

LE PLUS. Ces six derniers mois, plus de 60 cas de tuberculose - avec ou sans symptômes - ont été dépistés à Clichy-sous-Bois. Le docteur Marc Jaber explique qu'avec la dégradation des conditions socio-économiques, on peut s'attendre à une extension de cette maladie.

La tuberculose n'a jamais vraiment disparu en France. Le nombre de cas a fortement diminué  pendant certaines périodes, mais nous n'avons pas connu d'éradication totale.

 

Photo prise en 1945 à Paris, d'une séance de dépistage de la tuberculose pour les enfants (AFP)

Photo prise en 1945 à Paris, d'une séance de dépistage de la tuberculose pour les enfants (AFP)

 Actuellement, nous sommes dans une phase plutôt haute, bien qu'il n'y ait pas de statistiques officielles à l'échelle de notre pays.

Tout récemment par exemple, vingt-trois nouveaux cas avec symptômes et quarante sans symptôme ont été recensés à Clichy-sous-Bois. L'explication est à la fois simple et grave : la détérioration des conditions socio-économiques au sein de la population.

Trois facteurs sont particulièrement déterminants :

- Les conditions d'habitation. Plus on est pauvre, plus on habite dans des logements insalubres. L'humidité, le manque d'ensoleillement, le manque d'aération et l'entassement sont autant d'éléments qui favorisent la contamination. Lorsqu'une personne atteinte de tuberculose tousse ou éternue dans un lieu fermé, les individus autour peuvent être contaminés, car le bacille de Koch – l'agent contaminateur de la maladie – est entre autres contenu dans les sécrétions par milliers, notamment dans la salive.

- La malnutrition. Moins on a d'argent, moins on se nourrit correctement. Cela signifie qu'on se retrouve avec une partie de la population française sous-alimentée, donc affaiblie, n'ayant pas les capacités physiques de se défendre contre la maladie.

-  Le défaut d'accès aux soins, qu'ils soient préventifs ou curatifs. Certains enfants voient peu, voire pas du tout, le pédiatre ou le médecin traitant. Contrairement à ce que certains disent, de nombreuses personnes n'ont pas un accès total et gratuit aux soins dans notre pays.

Les populations à risques

Quand d'autres pathologies s'ajoutent à ces trois facteurs, on arrive dans une frange de la population particulièrement à risques. On peut parler de co-morbidité, ou double pathologie. C'est le cas des personnes atteinte par le HIV ou par une insuffisance immunitaire, comme les diabétiques, les cancéreux, les malades traités par chimiothérapie et les personnes cardiaques.

Les prisonniers ont également cinq à six à six fois plus de risques d'attraper la tuberculose que le reste de la population. Enfin, les personnes âgées et les enfants font eux aussi partie des populations à risques.

Vers une extension des cas de tuberculose ?

Dans la mesure où le chômage augmente et où le niveau de vie est plutôt en baisse en France " du moins pour une partie de la population " on comprend aisément que les cas de tuberculose peuvent s'étendre.

 

Un appartement du quartier du

Un appartement du quartier du "Chêne pointu" à Clichy-sous-Bois, le 03/03/10 (JŒL SAGET/AFP)

 

Prenons l'exemple très représentatif des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 800 euros par mois. Depuis 2002, elles sont en augmentation. Ce niveau de vie ne permet pas de souscrire une mutuelle mais est souvent suffisant pour ne pas être bénéficiaire de la CMU, dont le plafond d'attribution est fixé à environ 600 euros par mois. Cette catégorie de population " en augmentation je le répète " est donc à haut risque pour la médecine en générale et pour la tuberculose en particulier.

Notons aussi que les personnes étrangères ne bénéficient pas toutes de l'Aide médicale d'État (AME) et ne se rendent pas forcément chez le médecin. Or elles peuvent être des vecteurs de contamination, de même que les Français s'étant rendus à l'étranger. Les pays à risques pour la tuberculose sont, dans l'ordre : l'Inde, la Chine, le Pakistan, l'Indonésie, le Mali et les pays du Sahel " où le bacille de Koch est souvent multi-résistant. On comprend aisément que des cas non diagnostiqués vont en engendrer d'autres, tendant alors vers une extension de la maladie.

Nous sommes donc face à un véritable problème de santé publique, d'autant plus le traitement est  coûteux et long " 6 à 8 mois.

Les pouvoirs publics doivent prendre très au sérieux cette maladie, tant sur le plan préventif que curatif. Il faut généraliser l'accès aux soins gratuits, en abaissant le plafond de la couverture maladie universelle (CMU). Il faut également mettre en place un dépistage systématique des populations à risques. Sur le plan curatif, je suis favorable au maintien de la prise en charge à 100% des malades. Et sur un autre volet, plus social, l'État devrait garantir des logements corrects et salubres à toute la population.

Sans faire de catastrophisme, il faut comprendre qu'avec une maladie aussi volatile que la tuberculose, personne n'est à l'abri. Il suffit qu'un individu porteur de bacilles de Koch éternue dans le métro et les personnes alentour peuvent être contaminées. C'est donc dans l'intérêt de tous qu'il faut prendre le problème à bras le corps.