Par endroits, le basculement à la télévision tout numérique tourne au calvaire pour les téléspectateurs. Un constat inquiétant au moment où les régions les plus peuplées s’apprêtent à vivre, à leur tour, l’arrêt de la télévision analogique…

Pour certains téléspectateurs, TNT signifie désormais «Télévision notoirement troublée». Alors que le calendrier de passage à la télévision tout numérique s’accélère, les choses ne se passent pas aussi facilement que les responsables du basculement veulent bien le dire.

De nombreux témoignages de téléspectateurs mécontents sont parvenus à la rédaction de 60 au cours des derniers mois. Ils révèlent le talon d’Achille de la télévision numérique : sa sensibilité aux perturbations en tous genres.

Exemple révélateur : «Chez moi, à chaque passage d’avion, il y a un arrêt d’image sur la TNT», explique Yves, qui habite à Villebon-sur-Yvette (Essonne), tout près de l’émetteur TV, mais malheureusement aussi tout près de l’aéroport d’Orly.

Impossible de suivre son émission favorite

Un caprice de la météo ou le passage d’un camion devant le logement peuvent se traduire par les mêmes symptômes là où la réception de la TNT est médiocre. Même si le blocage ou la pixellisation de l’image ne dure que dix secondes, la répétition du problème toutes les deux, trois ou même dix minutes devient vite insupportable pour qui veut suivre sa série ou son téléfilm préférés.

Ce qui n’est plus acceptable en numérique –une réception de qualité moyenne– l’était pourtant avec la télévision analogique. Un problème de réception se traduisait alors par la simple apparition de neige sur l’écran : l’image était moins bonne, mais l’émission restait "regardable".

Un émetteur en brouille un autre

A ce défaut intrinsèque à la télévision numérique s’ajoute une série de couacs localisés. Dans le Rhône et la Loire, des habitants peinent à recevoir la TNT depuis le 27 juillet. Sans forcément le savoir, ils sont les victimes collatérales de la mise en service de la TNT sur le puissant émetteur de Chambéry, qui parasite celui de Lyon-Mont-Pilat.

La liste des zones touchées par des ratés plus ou moins durables s’allonge : La Baule (Loire-Atlantique) où les chaînes M6, W9 et NT1 ont été quasi-invisibles pendant près de deux mois après le basculement, les environs de Granville (Manche) où, faute de réception correcte, nombre d’habitants doivent se rabattre sur la réception satellitaire, Wissembourg (Bas-Rhin), Lisieux (Calvados)…

L’heure de vérité pour la TNT

Du côté des autorités, on minimise. Pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) comme pour France télé numérique, qui gère l’information des téléspectateurs, les personnes touchées par des problèmes réels sont peu nombreuses.

L’heure de vérité a de toute façon sonné pour ce grand chantier d’arrêt de la télévision analogique. Les six mois entre novembre 2010 et avril 2011 sont cruciaux. Ils verront huit régions regroupant 25 millions de Français basculer au tout numérique.

En Ile-de-France, région la plus peuplée, le basculement est programmé le 8 mars 2011. Mais Canal+ voit sa diffusion analogique arrêtée dès le 24 novembre 2010.