Alors que la dernière vague du Baro-éco avait enregistré avant l'été un redressement très significatif du moral des cadres, la crise financière liée aux dettes souveraines des Etats-Unis et des pays de la zone euro a changé radicalement la tendance de ces derniers mois :

 L'indice synthétique enregistre sa plus forte baisse depuis sa création (-30 points), chutant de - 25 à - 55. Un tel étiage constitue également un record : à titre de comparaison, l'indice était descendu jusqu'à - 45 en février 2009 au plus fort de la crise des subprimes, et à - 47 en mai 2010 en pleine crise de la zone euro ;  Une telle baisse est consécutive à un effondrement simultané des perspectives macro-économiques (niveau de vie, chômage), mais également des perspectives personnelles des cadres (situation financière, opportunités, motivation).

Dans ce contexte, les perceptions sur la croissance sont très négatives puisqu'une très large majorité de cadres (70 %) craignent aujourd'hui une nouvelle récession.


Récession et rigueur font craindre une forte détérioration du niveau de vie et du chômage

Sur fond de crise financière, l'ensemble des indicateurs enregistrent une forte baisse, et en premier lieu les indicateurs macro-économiques :
74 % des cadres anticipent aujourd'hui une dégradation du niveau de vie dans les prochains mois, contre 49 % en mai (+25 points) ;
78 % anticipent également une hausse du chômage (+39). Sur ce point en particulier, la chute de confiance actuelle survient après une amélioration très sensible des perceptions au printemps : alors que les cadres français étaient 60 % à penser que le chômage augmenterait en mars, ils n'étaient plus que 39 % à le penser en mai. Ces résultats s'inscrivent dans la réalité de la progression du chômage en juillet (+1,3 %, portant le nombre de demandeurs d'emploi à 2 756 500), mais la publication de ces chiffres de l'emploi date du 25 août, soit après la réalisation des interviews de ce sondage.
Les événements de l'été apparaissent ainsi comme fortement anxiogènes pour les cadres, au point de briser les perspectives de reprise annoncées. De plus, l'impact de la crise actuelle sur leur moral apparaît de manière encore plus marquée qu'en 2008-2009. Deux raisons expliquent ce phénomène :
- Avec les politiques de rigueur mises en place dans l'ensemble des pays développés pour rassurer les marchés, l'impact de la crise financière sur l'économie réelle (et dans les entreprises) est plus redoutée qu'au printemps 2009 ;
- Les risques de récession (attendue par 70 % des cadres) inquiètent d'autant plus que les Etats n'ont aujourd'hui plus les moyens de relancer l'économie, alimentant le spectre d'un cercle vicieux entre faible croissance et chute des marchés boursiers.

Des cadres inquiets pour leur finances et leurs perspectives de carrière

Dans ce contexte peu optimiste, les perspectives personnelles s'assombrissent également :
48 % des cadres pensent que leur situation financière personnelle « va se dégrader » dans les prochains mois (+16), illustrant leurs craintes pour leur patrimoine (portefeuilles d'actifs notamment, mais pas uniquement) comme pour l'évolution des salaires ;
83 % pensent que les opportunités pour faire progresser leur carrière dans les prochains mois seront « faibles » (+5) ;
65 % trouvent leurs collaborateurs « pas motivés », résultat en hausse de 8 points.

Ces résultats sont caractéristiques d'une crise de confiance générale, avec une conjoncture qui semble menacer autant le patrimoine des particuliers que la situation des entreprises ' prises en étau entre le ralentissement de l'économie, l'augmentation attendue de la fiscalité et la fin des investissements publics  et, in fine, la motivation des cadres. Ce dernier point est d'ailleurs symptomatique d'une perte de confiance profonde, puisque la dernière crise boursière avait au contraire eu un impact plutôt positif sur leur motivation.
Face à cette situation, les rendez-vous de la rentrée (vote du budget, cadrage des propositions franco-allemandes contre la crise, G20 à l'automne) apparaissent comme cruciaux pour restaurer la confiance des marchés, mais aussi celle des cadres, des salariés et des ménages. La campagne présidentielle pourrait également permettre un retour d'optimisme, comme en mai 2007 où le moral des cadres avait atteint son niveau le plus haut. La situation économique et politique est certes très différente d'il y a quatre ans, mais les attentes de solutions demeurent très prégnantes.