Merci à Pierre-Jean Llorens pour le partage de cet article :

En vingt-cinq ans, le nombre de personnes en emploi en France métropolitaine a augmenté de 3,1 millions, pour atteindre 25,7 millions en moyenne sur la période 2007-2009. Les métiers du tertiaire sont ceux qui ont le plus contribué à la croissance de l'emploi sur cette période, à la fois pour les catégories les plus qualifiées et les moins qualifiées. Dans les métiers industriels, la hausse des emplois les plus qualifiés n'a pas compensé la forte baisse des emplois non qualifiés. Les métiers de l'agriculture sont ceux qui ont perdu le plus d'emplois, tandis que ceux du bâtiment et des travaux publics se sont maintenus avec une augmentation du niveau de qualification. En vingt-cinq ans, la hausse globale du niveau de diplôme a transformé les « normes de qualification » requises pour l'exercice du métier, en particulier pour les employés. Le salariat, le temps partiel et les formes particulières d'emploi (contrats à durée déterminée, intérim) se sont développés.

 

http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2011-066.pdf

Les métiers du tertiaire ont ainsi fortement contribué à la croissance de l'emploi depuis le début des années 1980, notamment dans les domaines de la santé et de l'action sociale, culturelle et sportive, des services aux particuliers et aux collectivités, de la gestion et administration d'entreprises et du commerce. Les métiers de l'agriculture et la plupart des métiers de l'industrie ont connu à l'inverse de fortes baisses de leurs effectifs (graphique 1).

Ces évolutions globales de l'emploi par métier s'inscrivent dans un contexte marqué par de fortes mutations de l'environnement économique et social : croissance de la population en âge de travailler, évolution des comportements de participation au marché du travail, changements technologiques et organisationnels, internationalisation des échanges, modifications des comportements de consommation des ménages, etc.

Développement du tertiaire

Alors qu'au début des années 1980, 65 % des personnes en emploi exerçaient un métier du tertiaire (commerce, services, transports, administration publique, santé, éducation, etc.), ces métiers occupent désormais 76 % de l'emploi, regroupant 19,5 millions de personnes. Cette tertiarisation de l'économie, qui correspond à une augmentation de 4,8 millions d'emplois au cours des vingt-cinq dernières années, s'est accompagnée d'une modification de la structure de qualification des emplois.

Progressant de manière continue, les métiers de cadres (+2,01 millions) et de professions intermédiaires (+1,32 million) ont fortement contribué à la croissance des effectifs des métiers tertiaires (graphique 2). Les effectifs des métiers non qualifiés ont également nettement progressé dans le tertiaire (+911 000), particulièrement au cours de la deuxième moitié des années 1990. Si les employés ou ouvriers qualifiés demeurent la catégorie la plus nombreuse, leur nombre a en revanche assez peu augmenté (+581 000) si bien que leur part dans l'emploi des métiers tertiaires a reculé, passant de 41 % à 34 %.

Niveau de diplôme en France par année de naissance

Avec une croissance de 1,04 million d'emplois depuis le début des années 1980, les métiers de la santé et de l'action sociale, culturelle et sportive sont ceux qui ont le plus contribué à la croissance des métiers du tertiaire. Ils occupent 2 375 000 personnes en 2007-2009, soit 9 % de l'emploi total.

Les métiers de services aux particuliers et aux collectivités ont été particulièrement dynamiques (+904 000) au cours des vingt-cinq dernières années. Ils ont été, de loin, les plus forts contributeurs à l'augmentation de l'emploi non qualifié du tertiaire. Ainsi, en moyenne sur la période 2007-2009, 2 975 000 personnes exercent un métier de services aux particuliers et aux collectivités, représentant 12 % de l'emploi.

Les métiers de la gestion et de l'administration de l'entreprise représentent quant à eux 2 534 000 emplois, soit 10 % de l'emploi. Présents dans tous les secteurs d'activité, leur développement (+703 000) s'est opéré essentiellement à la fin des années 1980 et au début des années 2000. Au sein de ce domaine, les professions des services administratifs, comptables et financiers ont fortement augmenté (+783 000), quelle que soit la catégorie d'emploi (+236 000 pour les employés qualifiés, +202 000 pour les professions intermédiaires ou +345 000 pour les cadres). En revanche, les effectifs de secrétaires ont diminué (-118 000) au cours des vingt-cinq dernières années, principalement à partir du milieu des années 1990.

Les professions commerciales occupent désormais 2 781 000 personnes (+613 000 depuis le début des années 1980), soit 11 % de l'emploi. Les effectifs de caissiers et employés de libre-service (+57 000) et ceux de vendeurs (+166 000) ont progressé depuis le début des années 1990. Les professions d'attachés commerciaux (+164 000) et de cadres commerciaux et technico-commerciaux (+249 000) ont également connu une forte croissance sous l'effet du développement des fonctions commerciales dans tous les secteurs d'activité. Les effectifs des professions de maîtrise de magasin et d'intermédiaires du commerce, qui comprennent en grande partie les détaillants et grossistes indépendants de petits commerces ont quant à eux légèrement diminué (-23 000) au cours des années 1990 pour représenter désormais 571 000 emplois.

Les effectifs des métiers de l'informatique et des télécommunications ont fortement progressé (+295 000) depuis le début des années 1980, pour représenter désormais 516 000 emplois (soit 2 % de l'emploi). En raison des forts changements organisationnels et technologiques durant les vingt-cinq dernières années, le contenu de ces métiers a beaucoup évolué, nécessitant l'intégration de nouvelles compétences. Cela s'est traduit par une nette augmentation des qualifications des informaticiens. Les effectifs de cadres de l'informatique et des télécommunications ont ainsi été multipliés par plus de six par rapport au début des années 1980, passant de 49 000 à 317 000. Les postes de techniciens ont également progressé (+38 000 en vingt-cinq ans) et atteignent 166 000 emplois. Les métiers d'employés et opérateurs qualifiés sont en revanche en repli (-11 000) et emploient en 2007-2009, 33 000 personnes.

La plupart des autres domaines professionnels du tertiaire ont également connu une progression de leurs effectifs au cours des vingt-cinq dernières années. Cette progression est particulièrement notable dans les domaines de la communication, de l'information et des arts et spectacle (+265 000), l'enseignement et la formation (+240 000), les transports, la logistique et le tourisme (+238 000) et les études et recherche (+221 000) et concerne fréquemment les métiers d'ingénieurs et cadres.

Avec la hausse des emplois les plus qualifiés et la forte baisse des emplois non qualifiés, une profonde mutation de l'industrie

Le nombre de personnes occupant un métier de type industriel a diminué de 15 % en vingt-cinq ans, passant de 4 008 000 à 3 394 000, soit une perte de 614 000 emplois. Désormais, ces métiers ne représentent plus que 13 % de l'emploi, contre 18 % il y a vingt-cinq ans. Depuis la période 2002- 2004, 179 000 emplois dans des métiers industriels ont disparu.

Cette diminution globale de l'emploi industriel s'est accompagnée d'une profonde modification de la structure des qualifications. Les effectifs d'ingénieurs et cadres techniques de l'industrie ont plus que doublé sur la période, passant de 105 000 à 227 000. À l'opposé, les ouvriers non qualifiés de l'industrie ont diminué de plus de moitié, passant de 1 303 000 à 579 000.

La concurrence des pays à bas salaires, l'automatisation des procédés et la réduction du nombre de composants à assembler ont conduit à une forte baisse de l'emploi des ouvriers non qualifiés. Sur ces 1 162 000 emplois perdus dans le secteur industriel, 795 000 correspondent à une baisse des métiers industriels, le reste résultant du phénomène de sous-traitance et d'externalisation qui a conduit les établissements industriels à se recentrer sur leur coeur de métier. Ce recentrage s'est opéré principalement au détriment des métiers les moins qualifiés. Ainsi, les effectifs d'agents non qualifiés de la manutention (-120 000), de secrétaires (-93 000) ou de conducteurs de véhicules (-62 000) ont particulièrement diminué dans le secteur industriel. En revanche, les personnels d'études et de recherche (+99 000), les techniciens et cadres des services administratifs, comptables et financiers (+76 000) et les cadres commerciaux et technico-commerciaux (+30 000) sont aujourd'hui plus nombreux qu'au début des années 1980.

La plus forte baisse de l'emploi concerne les métiers de l'agriculture

Les effectifs des métiers de l'agriculture ont diminué de moitié (-1 070 000 emplois) depuis le début des années 1980 (tableau de synthèse). Désormais, 949 000 personnes exercent un emploi lié à l'agriculture, l'élevage, la pêche, soit 4 % de l'emploi, contre 2 019 000 au début des années 1980. Cette baisse est essentiellement due à celle du nombre d'agriculteurs et d'éleveurs indépendants, dans un contexte de forte concentration des exploitations et de hausse des gains de productivité au cours des dernières décennies.

Les effectifs des métiers du bâtiment et des travaux publics ont globalement peu évolué (+71 000 emplois) depuis le début des années 1980. Désormais, 1 897 000 personnes exercent un métier du bâtiment et des travaux publics, représentant 7 % de l'emploi. Cette stabilité des effectifs sur la période recouvre également une augmentation du niveau de qualification.

Des femmes plus nombreuses en emploi, surtout dans les métiers qualifiés

Depuis le début des années 1980, le nombre de femmes en emploi a progressé de 2,9 millions tandis que le nombre d'hommes en emploi ne s'accroissait que de 0,2 million. Les femmes occupent ainsi 47 % des emplois en moyenne sur la période 2007-2009, contre 41 % il y a vingt-cinq ans. L'augmentation de la participation des femmes au marché du travail est particulièrement nette dans les métiers du tertiaire et dans les professions de niveaux intermédiaire ou cadre.

Les femmes sont ainsi nettement plus présentes dans les professions des services administratifs, comptables et financiers. Elles y occupent 68 % des postes de niveau technicien (contre 46 % il y a vingt-cinq ans) et 48 % de ceux de niveau cadre (contre 24 %). De même, les femmes ont investi les professions de la banque et des assurances : elles occupent désormais 66 % des emplois de techniciens et 42 % des emplois de cadres contre respectivement 40 % et 18 % au début des années 1980. Leur présence a également fortement augmenté parmi les professionnels du droit (50 % contre 27 %).

En revanche, dans certains métiers, leur présence a diminué en raison d'une transformation du contenu du métier. La part de femmes a baissé parmi les employés et opérateurs en informatique (56 % contre 85 %), du fait du déclin des professions de « dactylos » et d'opératrices de saisie. Leur part a aussi baissé au sein des professions d'agents de gardiennage et de sécurité (26 % contre 39 %), car les concierges d'immeuble sont devenues minoritaires. Si le métier de concierge est principalement exercé par des femmes, les agents de sécurité sont recrutés en majorité parmi les hommes.

Hausse de niveau de diplômes

Au cours des vingt-cinq dernières années, le niveau de diplôme des personnes en emploi a fortement augmenté, sous l'effet d'une élévation du niveau de diplôme parmi les jeunes générations. Désormais, 50 % des salariés ayant terminé leurs études initiales sont au minimum diplômés d'un baccalauréat ou d'un brevet professionnel, contre 24 % au début des années 1980. La part des diplômés d'un niveau supérieur ou égal au Bac+3 a presque triplé, passant de 6 % à 16 %. Soutenue notamment par le développement de l'apprentissage, la part des salariés diplômés d'un CAP ou BEP est restée stable, autour de 26 %. Désormais, seuls 24 % des salariés ne détiennent aucun diplôme supérieur au CEP ou brevet des collèges, contre 50 % il y a vingt-cinq ans. La hausse du niveau de qualification demandé pour l'exercice de chaque métier conduit à recruter des salariés de plus en plus diplômés.

L'évolution de l'emploi en France depuis 25 ans