Merci à Pierre Jean Llorens pour cet article :

Jamais, en temps de paix, la planète n’avait été aussi endettée. Ménages, entreprises, Etats sont dopés aux bas taux d’intérêt. Un fardeau de 200 000 milliards de dollars menace la stabilité du système économique et financier.
http://www.businessbourse.com/2016/06/02/un-monde-qui-croule-sous-les-dettes/
Le pouvoir ne se niche pas forcément là où on l’imagine. A Bercy comme ailleurs. Alors que l’élite médiatique fait le siège du bâtiment Vauban, là où les ministres Emmanuel Macron, Michel Sapin et d’autres ont élu domicile, l’avenir de la France se joue dans un autre endroit de cette citadelle: bâtiment Colbert, neuvième étage, bureau 9884. C’est dans cette salle austère que le gouvernement français négocie avec ses créanciers.
Selon une procédure réglée comme du papier millimétré, les spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) – des institutions financières autorisées à acheter de la dette française – se réunissent ici chaque mois. Le rituel est immuable. Le premier jeudi du mois, la France s’endette sur des échéances longues, le deuxième, sur des durées beaucoup plus courtes. Au total, l’Etat français lève auprès de ses créanciers près de 20 milliards d’euros par mois.
A la tête de l’Agence France Trésor, Anthony Requin: l’homme a de la bouteille et des chiffres plein la tête. Ici, on fonctionne en mode commando, confesse-t-il, un vague sourire au coin des lèvres. On ne rigole pas, quand on a à gérer une dette de 1600 milliards d’euros. Une dette qui s’est emballée au cours des dernières décennies (58,7% du PIB en 2000, 81,7% en 2010, un peu plus de 96% cette année), malgré la réduction des déficits.
La dette, nouvel opium du peuple
Au moindre faux pas, au premier doute sur la capacité de la France à rembourser ses créanciers rubis sur l’ongle, la sanction est immédiate: quelques points en plus sur les taux des prochaines émissions. Grâce au programme de rachat des titres de dettes publiques lancé il y a plus d’un an par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, les taux d’emprunt de tous les pays européens ont dégringolé.
Alors, en fin gestionnaire, Anthony Requin entend bien profiter au maximum de la situation: allonger la maturité de la dette, rembourser les anciens emprunts signés à des taux plus élevés pour s’endetter à de meilleures conditions et, au final, alléger le poids des remboursements. Et il y réussit à merveille.
Le fardeau est de plus en plus lourd malgré la baisse des taux d’intérêt
En avril, l’Etat français a levé près de 3 milliards d’euros au taux exceptionnel de 1,92%… Un record mondial. Et le service de la dette s’est réduit de plus de 2 milliards d’euros en l’espace de deux ans. Plus la charge est lourde, plus elle semble facile à porter. Au royaume de l’argent bon marché, la dette est le nouvel opium du peuple. L’Etat français est loin d’être le seul à se griser de la situation.
Une hausse de 70000 milliards de dollars depuis 2007
Le chiffre est rond, presque inconvenant, vaguement chimérique pour le commun des mortels: 200000 milliards de dollars, c’est le montant total des dettes publiques et privées sur l’ensemble de la planète à la fin 2015, d’après les calculs du McKinsey Global Institute.
Un montant inégalé. Rapportée à la richesse mondiale, la dette est aujourd’hui plus élevée qu’au lendemain des deux guerres mondiales, en 1918 et en 1945.
Jamais, en temps de paix, la planète n’avait eu à porter un si lourd fardeau. Il s’est même accru de 70000 milliards de dollars depuis le début de la crise, fin 2007, soit près de 22 milliards par jour. Si, dans les pays riches, ce sont les Etats et dans certains cas les ménages qui sont de plus en plus endettés, dans les pays en développement, ce sont les entreprises qui ont joué avec le feu: leur passif a été multiplié par trois depuis la fin 2007, pour atteindre 20 000 milliards de dollars.
La dette est au coeur du capitalisme mondial. Elle en est devenue le principal carburant décrypte Susan Lund, économiste et associée au McKinsey Global Institute.
Et c’est vrai, elle est partout. Aux Etats-Unis, huit ans après l’éclatement de la bulle des subprimes, ces crédits toxiques qui ont ruiné des millions de familles, la bulle de la dette des étudiants 1200 milliards de dollars menace d’exploser: 17% des emprunteurs ont déjà fait défaut.
Tout début mai, l’île américaine de Porto Rico n’a pu faire face à une échéance de 470 millions de dollars. Une traite impossible à rembourser pour cet Etat endetté à hauteur de 70 milliards de dollars. C’est virtuellement la première faillite d’un Etat américain depuis celle de l’Arkansas, en 1933.
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