Merci Marc Charrouin de Pélussin pour ce partage très intéressant :

Pour Corinne Lepage, « l'économie du Nouveau Monde est déjà là » et elle ressemble furieusement à la « troisième révolution industrielle » de l'Américain Jérémy Rifkin. Tous deux ont d'ailleurs présenté ensemble,

au siège de la start-up Blablacar, le rapport qu'a remis Corinne Lepage à Ségolène Royal, la ministre de l'Écologie.

 

«Économie collaborative », « mutualisation des actifs », « partage », « environnement ». Et bien sûr, nouvelles technologies. Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement et ancienne députée européenne, résume : « L'économie du Nouveau Monde est une économie libérée des énergies fossiles et fissiles, connectée, relocalisée, et au service de l'homme. »

 

Dans le rapport qu'elle a récemment remis à Ségolène Royal, elle propose de « mettre la santé et le bien-être en priorité, reconnaître les externalités, mieux valoriser l'immatériel, innover localement, prendre en compte la demande. » Et de citer l'exemple du Nord-Pas-de-Calais où plus de 150 projets basés sur l'économie verte, le développement des énergies renouvelables, les nouveaux matériaux et l'économie circulaire ont été recensés.


« Faire rêver les Français »

Constatant que l'État central « reste frileux », Corinne Lepage demande la création d'une marque – France Terre d'Avenir –, ainsi qu'une TVA « circulaire » et incitative pour le bio. Elle propose la création d'un « Mouvement des entreprises pour la nouvelle économie ». Pour elle, la grande conférence de fin d'année sur le Climat (la Cop 21) « est une occasion historique unique [...] d'endosser les habits d'un leader européen et mondial dans la construction du Nouveau Monde. » Ce faisant, explique-t-elle, « l'État pourrait à nouveau faire rêver les Français ».

 

Jérémy Rifkin met un nom sur ce rêve : c'est internet. Pour lui, la troisième révolution industrielle est en marche et elle a trois piliers : « l'internet de la communication numérisée », « l'internet de l'énergie renouvelable numérisée » et « l'internet de la logistique et des transports automatisés numérisés ». Il l'annonce : ce super « internet des objets » mettra fin d'ici à quelques décennies à la vieille économie centralisée et polluante. La production se fera de façon décentralisée grâce à des imprimantes 3D, la propriété cédera le pas au partage, les consommateurs deviendront « prosommateurs ». Les coûts de fabrication et ceux de l'énergie deviendront négligeables, puisque « le soleil et le vent sont gratuits », et que l'on ne s'acharnera plus à posséder des objets que l'on pourra partager ou louer. « Il est probable que dans une ère de la mobilité automatisée et intelligente, les générations futures ne posséderont jamais de véhicules », dit-il.

 

On compte actuellement un milliard de véhicules à moteur dans le monde. Selon Jérémy Rifkin, il devrait en rester environ 200 millions dans quelques décennies, et ils seront mus « par l'électricité ou par une source d'énergie renouvelable dont le coût marginal sera presque nul ».


Du rêve au cauchemar ?

Internet au service de l'homme et de l'environnement ? L'idée est séduisante, mais bien loin des réalités d'aujourd'hui. Internet a besoin de gigantesques « datacenters » où sont traitées les données, et qui restent, aujourd'hui, d'énormes consommateurs d'énergies fossiles et nucléaires. Apple, Facebook et Google consomment à eux trois 5 % de l'électricité produite dans l'État américain de Caroline du Nord, avec du nucléaire et du charbon extrait à ciel ouvert dans la chaîne des Appalaches. Les montagnes ont été défigurées en quelques années sur des milliers d'hectares. Dans cette région, le rêve est devenu cauchemar, tout comme dans la Ruhr, en Allemagne, où six villages sont en cours d'arasement (6 000 personnes déplacées) pour faire place à une mine à ciel ouvert de lignite. Les 35 datacenters de la région parisienne consomment pour leur part en électricité l'équivalent de la ville de Bordeaux.

Patrick Fluckiger