Merci Pierre-Jean Llorens pour cet article :

Lorsque l’on compare les prix des produits de grandes marques vendus un peu partout en Europe, la France remporte la palme. Une place pas vraiment enviable mais qui peut s’expliquer. Sans nous réconforter…

 

Pourquoi les Français paient-ils 20 à 30 % plus cher des pizzas, des téléphones portables ou des produits cosmétiques vendus partout en Europe ? Cette question s’impose lorsqu’on observe le tableau élaboré par nos confrères du magazine consumériste belge Test-Achats. Et ce tableau, on le regarde avec le vague sentiment que nous nous faisons un peu plus tondre que les autres citoyens européens par les grandes chaînes du commerce international…

Pour chaque chaîne, une liste de produits a été établie. En février 2012, Test-Achats et ses partenaires européens ont relevé les prix dans sept pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas et Portugal), essentiellement en ligne. Des enquêteurs ont été envoyés sur place lorsque l’information manquait. Sur la base de ces prix, un indice pour chaque pays et chaque produit a été fixé. Au total, 5 683 prix portant sur 977 produits ont été relevés. Le pourcentage correspond à l’écart avec le pays le moins cher.

 Tableau comparatif des prix de treize enseignes en Europe

 

Le niveau de vie ne diffère pas tant que ça

Sur les mêmes produits, dans les mêmes magasins, nous serions donc le pays le plus cher d’Europe avec nos amis belges, selon cette étude. L’écart avec l’Allemagne est particulièrement saisissant : 7 % en moyenne sur les chaînes étudiées. Et ce n’est pas le taux de TVA qui explique la différence, puisqu’il s’établit à 19 % en Allemagne et à 19,6 % chez nous…

Ce n’est pas non plus le niveau de vie qui diffère tant que ça. Bien au contraire ! Le produit intérieur brut (PIB) par habitant exprimé en « standard de pouvoir d’achat » (le niveau de vie, pour faire simple) atteint 120 en Allemagne contre 107 en France, la base 100 étant la moyenne de l’Union européenne. Ce niveau de vie, calculé par Eurostat, tourne autour de cette moyenne en Espagne (99) et en Italie (101), mais est bien plus faible au Portugal (77).

Spécificités du marché français

Interrogées, les enseignes admettent, ici ou là, une spécificité du marché français. Par exemple en téléphonie mobile :  Les prix de l’iPhone en France sont plus élevés, compte tenu de la difficulté à s’approvisionner en iPhones non verrouillés , explique The Phone House. Quand à Pizza Hut, elle facture des frais de livraison plus élevés dans notre pays.

En vérité, les chaînes de restauration rapide peuvent compter en France sur une image  bon marché , en comparaison de nos restaurants et brasseries traditionnels. Ceux-ci ne sont pas aussi développés dans les autres pays européens, excepté en Belgique – l’autre pays où la vie est plus chère, justement. Profitant de ce positionnement, les enseignes de snacking (Pizza Hut, Subway, McDo) ne font peut-être pas le petit effort tarifaire fourni dans les pays où la concurrence est plus rude entre elles.

La question du pays d’origine

Le plus souvent, les étiquettes sont mieux maîtrisées dans le pays d’origine de l’enseigne, ce qui semble logique : les investissements initiaux sont souvent amortis depuis de nombreuses années. Le cas le plus emblématique est celui du réseau espagnol Zara. La péninsule ibérique affiche une décote de 30 % par rapport au reste du continent. La veste homme d’été noire est, par exemple, étiquetée partout à 219 €, sauf en Espagne (et au Portugal) où on la trouve à 149 €. Même phénomène avec Mango, autre grande enseigne espagnole d’habillement.

Chez nous, la Fnac est moins chère de 7 à 12 % par rapport aux autres pays où elle s’est implantée. Un CD de la chanteuse britannique Adele se trouve à 10,99 € dans l’Hexagone, contre 11,99 € en Italie et jusqu’à 14,90 € en Belgique, en passant par 13,99 € dans la péninsule ibérique. Leroy-Merlin (absent du tableau car trop peu implanté hors de nos frontières) est lui aussi bien plus accessible en France qu’en Espagne ou au Portugal (+ 12 %, avec un niveau de vie moindre)…

Certaines marques mènent une politique parfois différente. La plus frappante concerne Yves Rocher. Le vendeur de produits de beauté originaire de La Gacilly, dans le Morbihan, commercialise chez nous ses produits à des prix 36 % plus élevés qu’en Allemagne ! Pourquoi ? Yves Rocher n’a pas voulu nous le dire.

L’uniformité pénalise les pays moins riches

Avec certaines marques, la politique tarifaire est limpide : le prix est identique partout en Europe, ou presque. C’est le cas de Levi’s Store en général, et de son 501 en particulier. Le fameux jeans neuf vaut 90 € précisément 89 €, 91 € ou 89,95 € selon les diverses finasseries locales de  prix psychologiques . Mais cette uniformité pénalise les pays où le niveau de vie est plus bas. Rapporté au pouvoir d’achat, le 501 est, par exemple, 36 % plus cher au Portugal qu’en France. Même politique chez Ikea, et mêmes conséquences fâcheuses pour ce pays.

Decathlon aligne également ses tarifs à l’échelle européenne, sauf pour les pauvres Portugais, pénalisés de 6 % en moyenne. En définitive, ce sont bien eux qui souffrent le plus. Mais est-ce que cela nous console ?

 Lionel Maugain

• Étude initialement publiée en juillet-août 2012 dans les magazines Test-Achats n° 566, Altroconsumo n° 261, Compra Maestra n° 372 et Proteste n° 337.