Merci à Pierre-Jean Llorens pour le partage de cet article :

Le suicide s'invite dans le débat présidentiel
Le président de l'association France Prévention suicide, Michel Debout, parle de « victimes cachées de la crise » : ces « suicidants » qui ont craqué sous le poids des difficultés quotidiennes liées à la rupture professionnelle.

Ils sont 750 à avoir perdu la vie. Afin d'alerter sur ce phénomène, il organise un colloque, le 11 février au Palais du Luxembourg, en partenariat avec le cabinet Technologia dirigé par Jean-Claude Delgènes, connu pour ses audits de prévention des risques psychosociaux au travail. L'intitulé, « Face à la crise, solitaire ou solidaire ? », cache la gravité du sujet qui mobilise chercheurs, médecins, syndicalistes, personnalités publiques, leaders d'associations familiales, et même des figures institutionnelles, comme le président du Conseil économique, social et environnemental, Jean-Paul Delevoye.

Il s'agit, pour les organisateurs, « de faire appel à l'ensemble des candidats à la présidentielle afin qu'ils s'engagent face aux effets psychosociaux et sanitaires de la crise ». Et il y a urgence. « 648 500 chômeurs en plus, c'est 10 780 suicidants supplémentaires », comptabilise Michel Debout. Tout en reconnaissant que, à ce seul effet du chômage, « il faudrait ajouter celui du renforcement de la précarité, de la baisse du pouvoir d'achat, du surendettement, etc. »

Sans même parler des ravages du management à la hussarde, de mise dans certaines entreprises. Ni des dramatiques conjonctions entre mal-être professionnel et soucis personnels. Si le cas de France Télécom a marqué les esprits, la liste non exhaustive des entreprises et administrations impactées inclut aussi BNP Paribas, la Société générale, HSBC, BPCE, EDF, ErDF, PagesJaunes, La Poste, Bull, les ministères du Travail, de l'Écologie et de l'Intérieur. La situation avait paru suffisamment chaude pour qu'une centaine de personnalités, soutenues par diverses organisations, dont les confédérations syndicales FO et CFE-CGC, lancent, en septembre dernier, un appel au ministre du Travail, Xavier Bertrand, afin qu'il crée un observatoire du suicide et des conduites suicidaires. Il n'a pas donné suite. Mais, loin de rester inerte face au fléau, le gouvernement préfère miser sur le deuxième plan national de prévention, alias Plan d'action contre le suicide. Michel Debout en prend acte, mais fait remarquer que ce projet « ne parle ni du chômage ni de la crise.Aucun suivi psychologique et médical des chômeurs n'a été indiqué ».

Autre levier sur lequel comptent les pouvoirs publics : l'obligation faite aux grandes et moyennes entreprises de négocier des accords ou de mettre enoeuvre des plans de prévention des risques psychosociaux. Mais rien n'indique que les mesures actuelles suffisent à endiguer les tendances suicidaires. En tout cas, comme le soutiennent les organisateurs, cela n'exclut pas l'utilité d'un observatoire.

Gestion sociale, 09/02/2012
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