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Alboussière - 1ère Partie : Histoire du Patrimoine d’Alboussière : l’Ancien Hôtel/pension de Famille CHEYNET CASTAING

La commune d’alboussière, avant 1880, était nommée Saint Didier de Crussol ou simplement Saint Didier. Elle

dépendait du mandement de la Bâtie, du diocèse de Valence et de la cour de justice de Montpellier.(3)

Le village d’Alboussière a été, pendant près de cinquante ans, un lieu de villégiature très prisé par les citadins désireux de profiter du bon air. Ce succès s’explique en grande partie grâce aux “coloniaux” venus se refaire une santé. Ils séjournaient souvent deux mois minimum, parfois de Pâques à la Toussaint (2). Ils étaient originaire d’Ardèche, de la Drôme, des environs de Valence, Romans sur Isères. Ils se déplaçaient en famille.  Pour narrer l’histoire, au fil du temps, de l’un des lieux de résidence de la commune, il convient de remonter jusqu’aux années 1850.

 

Les années Hostellerie, Pension de famille des soeurs CHEYNET

Dans les années 1850, les maisons dites “communes” n’existaient pas partout. Le maire de l’époque cumulait les fonctions avec celles de secrétaire. Jean Vergier, alors premier  instituteur communal (jusqu’au 1er janvier 1865), fait l’acquisition d’une partie de la “Maison Vallon” et y transfère l’école ainsi que la Mairie et ce, jusque dans les années 1881 (1). Il faudra attendre 1878 pour que le Conseil municipal décide la construction d’un groupe scolaire et d’une salle de Mairie. La “Maison Vallon” est laissée vacante.

Les travaux furent confiés par adjudication au nommé “Chanas”, entrepreneur à Vernoux et terminés en 1881. Vergier Dupré, fils du précédent, fut instituteur du 1er janvier 1865 à 1879, suivi de Sylvain Dumas de 1879 à 1911 puis Adrien Vergnon en 1911 (1). A cette même époque, au recensement, deux hôtels pensions de famille se partageaient l’activité touristique : Eugène Serre et Emma Cheynet. Cette dernière en effet a racheté l’ancienne “Maison Vallon” et la transformer en résidence de vacances “hôtel-pension pour familles” (1). Voilà plusieurs années, dès 1895, que les touristes affluent, de plus en plus nombreux, pour profiter du bon air ardéchois du plateau. Vers 1900, les soeurs Cheynet et Mr Serre procèdent à des extensions (annexes) et aménagements pour accueillir leurs pensionnaires, en procédant également à des élévations d’un ou deux étages. Mais malgré cela, l’influence était telle que ces nouvelles dispositions n’y suffirent pas. Au mois d’août, il n’était pas rare de refuser du monde faute de place vacante (1). Faut-il croire que les premières maisons d’hôtes datent de cette époque? Peut-être car toujours est-il qu’en dehors du village, un certain nombre de maisons ou appartements meublés furent louer aux familles de villégiateurs désirant faire eux-mêmes leur cuisine, comme par exemple à la Rouveure, Jafumat, Barjac, Tardivon, Léculier, Bleizac, etc. (1)

En 1911, le nom d’Adeline CHEYNET apparaît dans le recensement avec Eugène Serre pour les commerces d’hôtellerie. En 1921, le garçon de café Aristide Louis Charles FAURITTE, né le 3 octobre 1873, originaire de Privas, apparaît aux côtés d’Eugène SERRE dans le recensement des commerçants et artisans à cette date (3). Aristide Fauritte a été mis en congé illimité de démobilisation le 12 janvier 1919, 1er échelon, par le 14ème régiment de train à Lyon et il se retire à Alboussière, après ses campagnes en allemagne du 13 août 1914 au 9 juin 1918. Les artisans de cette époque se nommaient Siméon Romuald, maçon, Eliel Roumeas, Enoch Roumeas, Ezéchiel Sinz, plâtriers, Henri PENEL, tuilier. La 1ère Guerre Mondiale éclate. Juillet 1915, l’Hôtel CHEYNET ne désemplit pas : on compte jusqu’à environ 70 personnes dans l’établissement, autant que dans les années d’avant guerre. Un 26 octobre, la Ville d’Alboussière et son Comité organise la fête du Poilu démobilisé avec défilé, fanfare, réception, banquet à 12h à l’hôtel SERRE puis à 14h un défilé au bal devant l’hôtel Fauritte (1).

 

Pension de familles Hôtel Restaurant CASTAING nommé “BEAU SEJOUR”

Paule(lette) Germaine Céline PENEL est née le 14 mars 1911 à Nîmes où ses parents sont boulangers. Après la guerre de 14, les parents de Paul PENEL sont boulangers à Alboussière. Elle rentre en apprentissage de cuisine en 1924 avec Melle CHEYNET à l’Hostellerie d’Alboussière. En 1926, elle travaille sous les ordres du Chef CHAZOTTE alors que l'Hôtellerie était rachetée par Madame Veuve Pierre CASTAING jusqu’alors propriétaire de la fameuse Maison Castaing Poissonnerie aux Halles des Cordeliers à Lyon. Le Chef Chazotte était l’élève du réputé Chef Leonard de la réserve à Beaulieu-sur-Mer et disciple d'Escoffier. Elle y apprendra avec lui les bases culinaires les plus solides de la “cuisine classique”. Puis Paul Castaing travaillera sous les ordres de Léonce Raymond Castaing qui fit l’école hôtelière de Nice. Suite à de sérieux malaises et une santé troublée, la responsabilité de la cuisine fut confiée à la jeune Paule PENEL. Le 18 mai 1933, le mariage entre Raymond et Paule CASTAING sera célébré à Porte-lès-Valence où demeurent les parents de Paule qui tiennent un bar réputé Place du Champs de Mars à Valence. Malgré la belle fréquentation de l’établissement “BEAU SÉJOUR” pour pension pour familles, tennis, garage, salle de 100 couverts pour noces et banquets, Paule et Raymond Castaing doivent faire des saisons d’hiver à Megève.  Puis vint la grande Guerre. L’hôtel pension de famille d’Alboussière, durant cette période terrible, souffre de l’absence de leurs propriétaires. En effet, Paule et Raymond Castaing sont obligé de travailler pour la famille Blanchard, volailler à Villefranche-sur-Saône avant d’entrer en service d’Albert ALAIZE, restaurant très connu à Lyon où Paulette officie aux fourneaux et Raymond comme Maître d’Hôtel. En 1946, Madame Eugénie Castaing (Veuve de Pierre Castaing) revend l’Hostellerie “Beau Séjour” d’Alboussière et achète à ses enfants 1/3 des parts d’un petit hôtel restaurant “guinguette” des bords du Rhône “Beau Rivage” à Condrieu, en association avec MM Jamme et Jaricot, qu’ils transforment en hôtel de grand confort. 5 janvier 1950, naissance de leur fille Danièle. (2) Madame Paule Castaing est décédée le 9 août 2014. Une messe du souvenir a été célébrée le samedi 15 novembre 2014 en l’église de la Rédemption à Lyon 6ème.

 

Le recensement de l’histoire du village à cette époque

Parmi les commerces et artisans en 1911 se trouvaient 2 boulangers : Eugène Bouveron et Samuel Fournier remplacé par Léopold PENEL en 1921.  En 1911 un responsable de commerce existait alors : Henri SAHY. Puis, en 1921 diverses épiceries voient le jour, tenues par Aubin Bignon, Edouard Chamezon, Henry Sahy, Raoul Valayer, Fanélie Anterion (3).

 

Cette première partie se termine avec un bâtiment “Beau Séjour” laissé vacant où de bien tristes histoires vont s’y dérouler, racontées dans le second volet à suivre. Les noms de ces familles seront entre autre réévoqués dans la troisième et dernière partie.

 

(1 - source : “Le plateau d’Alboussière” par S. Dumas Edition Blache 1916), instituteur ayant enseigné à Alboussière de 1879 à 1911)

(2 source : Danièle Castaing épouse Dominique Pierre CHAMBEYRON Lyon

(3 - source : 1914 - 1918 Le plateau de Crussol Calac Généalogie Bernadette Sanchez)

 

Alboussière - 2ème partie : “La triste histoire de “Beauséjour””

Ce fut le titre d’un article paru en mars 1999 lors de l’inauguration d’une plaque commémorative, visible sur la place de l’ancien hôtel Beau Séjour, à l’initiative de l’équipe municipale de Mr Jacques Dubay, alors Maire d’Alboussière  :

“Le 18 février 1944 - 57 juins français et étrangers, réfugiés dans notre pays, ont été arrêtés, ici, par les nazis et leurs complices, et déportés dans les camps de la mort où ils ont été exterminés. Souvenez-vous. N’oublions jamais. Alboussière le 27 mars 1999”

Cette deuxième partie de récit va mettre en lumière le témoignage poignant de l’histoire de cet ancien hôtel pension de famille Cheynet, Fauritte puis Castaing pendant la deuxième guerre mondiale.

 

Réquisition de l’immeuble et son annexe vacants

1942 : L’ancien hôtel Beau Séjour est réquisitionné par le régime de Vichy. Un centre d’hébergement y est installé. Il porte le nom de “centre d’accueil n° 20 Bis” à Alboussière. Dès son ouverture, en mai 1943, sont hébergées en particulier des familles en provenance du camps de Gurs. En juillet 1943, ils se comptent au nombre de 100. Octobre 1943, il ne sont plus que 80. Mais en septembre 1943, le service du contrôle social des étrangers transforme le bâtiment pour accueillir 60 personnes : 54 Israélites, 6 Espagnols. Le 18 février 1944, est-ce sur dénonciation (?), 54 juifs Français et étrangers sont arrêtés par les nazis. Ils sont déportés depuis le camp de Drancy vers Auschwitz.

 

De cette dramatique période, existe un témoignage poignant d’un des rares survivants de cette rafle. Le voici retranscrit dans sa quasi intégralité.

 

Témoignage de Paulette et Roger Misrahi demeurant à Priziac dans le Morbihan.

“Janvier 1940, ma famille est évacuée à cause du risque de bombardement de Paris, dans un village au Châtelet-en-Berry dans le Cher. A l’armistice, la France est coupée en 2 par la ligne de démarcation. Nous sommes en zone libre alors que le nord est occupé par les autorités allemandes. Nous habitons un logement réquisitionné. Mes parents, ma mère, ma grand-mère, ma soeur et moi, percevons des allocations de réfugiés. Nous somme d’origine Juive et notre nom “MISRAHI” ne laisse aucun doute. Je vais, comme tous les enfants du village, à l’école communale et à l’église. Avec ma soeur, nous sommes baptisés “Catholiques” par Monsieur le Curé le 27 avril 1942. Il a fallu remplir une feuille de recensement. Ma mère, pensant cacher nos origine israélites à la case “religion”, écrit “Orthodoxe”. Malgré cela, 2 gendarmes, trouvant notre nom pas très “catholique”, nous font faire nos valises pour libérer notre logement que le propriétaire voulait récupérer. Nous sommes emmenés une première fois dans un camp à Rivesaltes (66). Nous sommes relâchés rapidement car ma soeur sommes “français” de naissance et nos parents apatrides, d’origine “Turque”. Nous retournons au Châtelet car nos seuls revenus sont les allocations de réfugiés. Nous louons une petite maison à l’écart du village. Quelques semaines après, les gendarmes reviennent nous chercher et nous déposent au camp de Gurs (64) le 2 octobre 1942. La nourriture est mauvaise et peu abondante. Nous y restons jusqu’au 20 mars 1943. Du camps de Gurs nous sommes emmenés au camp de Masseube toujours dans le Gers. La nourriture y est faible et plus mauvaise. J’ai 13 ans et avec ma famille, nous souffrons beaucoup de la faim. Les vieillards, surtout des femmes, sont nombreux. Ma grand-mère a 70 ans et on pense que par une mesure de clémence, on nous envoie le 20 août 1943 en résidence surveillée dans l’hôtel Beauséjour à Alboussière (07).

“”...Beauséjour” le nom de tout un programme de vacances. On est le 21 août 1943, j’ai 13 ans. Nous voilà assigné à résidence surveillée dans un centre d’hébergement avec liberté de sortir dans le village à heures contrôlées… Cela nous change du camp d’internement, la nourriture est convenable mais rationnée. Le directeur et sa femme, Mr Cheron, sont corrects et donnent bonne impression. Nous allons, avec ma soeur de 11 ans, à l’école communale dont l’instituteur, Mr Viazac, est aussi le secrétaire de Mairie. Il demande aux enfants de nous apporter le matin et l’après-midi un casse-croûte chacun leur tour….Ils se motivaient pour nous donner le meilleur de leur ferme…. Parmi les pensionnaires dans ce Beauséjour de rêve, il y avait de jeunes docteurs d’origine allemandes, très expérimentés, des savants juifs protégés ou cachés, et qui logeaient au rez-de-chaussée, les fenêtres donnant dans les jardins.”

 

“Le matin du 18 février 1944, à 6 h, de grands bruits nous réveille brutalement dans tout l’hôtel de Beauséjour. La gestapo, avec un détachement de soldats allemands, encerclent le bâtiment. Toute la population s’affole et court dans tous les sens. Cela monte, descend, avec désordre, sous des ordres gutturaux, avec des “schnel-schnel”, “raüs-raüs”, nous devons faire rapidement les valises à la hâte. Affolement général dans tout l’immeuble : ça crie, ça pleure. La peur est dans tous les ventes. Qu’allons-nous devenir? Dans ce vaste désordre, ma mère va aux nouvelles. Elle revient et entre dans la chambre. Nous sommes habillés. “Roger, viens, suis moi, on descend”. En bas, elle me dirige vers le salon de lecture. Je rentre avec elle. Elle referme la porte, ouvre rapidement la fenêtre donnant sur la façade avant de l’hôtel. “Saute et sauve toi, Adieu”. Mon héroïque mère vient de me mettre au monde, pour la deuxième fois. D’un bond, je me reçois sur les marches d’une cave en contre-bas, me relève et fonce dans la ruelle à droite, direction les champs et la forêt dans la neige. Je me cache…. “Ma mère referme rapidement la fenêtre et, en sortant se trouve devant un soldat qui, heureusement, n’a rien vu. “Que faites vous là?” Ma mère ne répond pas. Un coup de crosse de fusil la fait sortir du salon. Avec la douleur du coup reçu, elle remonte auprès de sa mère 70 ans et de sa fille 11ans. “Roger est sauvé” et elles s’embrassent. Ma mère entend des gens dirent que l’on peut s’échapper par la cave en dessous du réfectoire. Elle y va et découvre des soupirails rectangulaires de petites dimensions, à raz-du sol” de la cour en graviers. Elle déplace et amoncelle divers matériaux et se hisse à la hauteur de ces ouvertures. Avec la douleur du coup reçu, elle se trouve galvanisée. Elle essaye, avec son corps de femme de 40 ans, mal nourrie, de sortir. Sa tête passe ainsi que ses épaules. Elle voit en face des gens lui faire signe de ne pas bouger et de s’aplatir au sol. Des soldats, dans le réfectoire au-dessus, font évacuer les pensionnaires. Dès le danger passé, ils lui font signe de venir. Normalement, la dimension de ce soupirail de ventilation ne permet pas le passage du corps mais, survoltée, ma mère a réussi à sortir en force, s’est relevée accroupie, a couru sur le graviers, enjambé un petit muret et est partie dans la rue à gauche, hors de la vue des soldats. Elle a été aussitôt recueillie par des habitants qui l’ont caché pendant toute la durée de la présence des allemands au village….  Ma soeur et ma grand-mère, hélas, restent. Deux camions emporteront les juifs. Ils passeront au camp de Drancy, en région parisienne, et seront acheminés par le convoi n°69 vers Auschwitz où ils seront tous exterminés.”

 

“voilà, courant sur la route qui donne sur un petit pont et après une profonde forêt enneigée. Je me blottis et me tiens sur mes gardes, prêt à repartir plus loin. L’après-midi arrive et je vois un homme qui passe. Il m’inspire confiance. Je prends mon courage mais surtout je commence à avoir très froid malgré le soleil et vais au-devant de lui, lui explique ma position délicate d’évadé. Cet homme, c’était le Pasteur M. Roux, de la ferme de Mirabel. Il me fait venir chez lui. Sa femme me prend en charge de suite et m’installe devant un bon feu pour me réchauffer et sécher. Elle me réconforte par des paroles chaleureuses et me sert une bonne soupe de légumes avec un gros morceau de lard rose. Je dévore à belles dents le bon pain de campagne et je me mets à pleurer en pensant à ma famille laissée là-bas au village. Mme Roux me console et son pari part au bourg prendre des nouvelles. De retour, il m’annonce une bonne nouvelle “Ta maman a réussi à s’échapper. Elle est en sécurité chez des amis. A la nuit tombante, j’irai la chercher. Mr Roux revient avec ma mère. On se jette dans les bras et on s’embrasse de bonheur et de tristesse. On revient de loin, nous avons échappé à une mort certaine… Je suis obligé de quitter ma chère mère avec larmes. Elle est emmenée à Lyon pour travailler dans une riche famille comme employée de maison. Je suis recueillie par mes jeunes patrons, Mr et Mme Roumezin… Ma chère maman est décédée le 2 mars 1998 à Nice où elle a vécu des jours heureux. Elle est enterrée au cimetière Israélite.”

 

“J’ai reçu de ma cousine Arlette Mizrahi une carte postale que mon père avait envoyée après sa déportation à son frère. Il a été raflé le 7 avril 1943. Il est parti de Drancy le 23 juin 1943 par le convoi n° 55. Dès l’arrivée, les plus valides sont dirigés sur la mine de charbon de Jawischowitz annexe d’Auschwitz. Pour moi, ce fut un choc émotionnel intense car c’était la seule indication de son passage encore vivant à Jawischowitz au mois de juillet de l’année de sa déportation. Cette carte postale, obligatoirement écrite en allemand et au crayon, devait servir de propagande pour rassurer les familles sur le sort des déportés. Celle de mon père, traduite, disait ceci : (voir photo). Seule la signature est de la main de mon père, c’est l’unique héritage de sa tragique disparition. Cette carte, certains détenus ont refusé de l’envoyer, à juste titre, ils indiquaient ainsi l’adresse des familles encore cachées. Dès que la santé des esclaves déclinait, ils étaient immédiatement envoyés à la chambre à gaz. C’est dans ces terribles conditions que mon cousin Isaac et mon cher papa ont disparu. Il avait 39 ans, j’en ai 70 aujourd’hui et les larmes me montent aux yeux en écrivant ces lignes”.

MERCI à Michèle Fourniol à qui l’on doit 18 pages de ce témoignage partiellement retranscrit.

Ainsi qu’aux bénévoles de la Médiathèque d’Alboussière

 

3ème et dernière partie - “Beau Séjour” reste comme un nom patrimonial pour la commune

En 1944, l’ancien hôtel/pension de famille est délaissé et plongé, après le départ des allemands, dans une sinistrose à tous les étages. Ce dernier épisode a marqué à tout jamais la vie de la commune et de ses habitants. La vie reprend son cours mais plus personne ne met les pieds dans l’établissement. Le village retrouve peu à peu son existence quotidienne. En 1946, Madame Eugénie Castaing (Veuve de Pierre Castaing) revend l’Hostellerie “Beau Séjour” à la Société des industries chimiques de Marseille qui regroupe plusieurs structures importantes dans le Sud de la France. L’état d’abandon de la bâtisse impose de nombreux travaux de réhabilitation. C’est alors que “Beau Séjour” va retrouver de nouvelles lettres de noblesse ainsi qu’un nouveau souffle, cette fois de gaieté et de joie. Dans ce dernier épisode, vous allez découvrir les témoignages de diverses personnes qui ont connu de très près la nouvelle destinée de “Beau Séjour”.

 

“Beau Séjour” : LA colonie de vacances qui anime tous les habitants d’Alboussière et dope l’économie locale

Evelyne Sahi née Hollinger, née le 15 février 1939 dans la Sarthe d’un père alsacien et d’une mère italienne, fait ses études à Marseille. Elle rentre en stage de fin d’étude huit jours comme secrétaire médico social, à l’âge de 20 ans, au service social de la Société des Industries Chimiques au 32 de la rue Canebière à Marseille. Le Directeur du syndicat de la Chimie, Mr Sylvander, possédait une maison à Chambon sur Lignon ainsi que Madame Freyssinet, Directrice du service d’assistante sociale et hiérarchique de Melle Hollinger Evelyne (à Tence près de Tavas). Cette maison familiale abritait certains colons défavorisés comme un gîte (130 gamins de Marseille et environs (10 usines), un moniteur pour 10 enfants. Mme Freyssinet dirigeait la maison familiale de Chambon sur Lignon et il lui fut confié la direction de la nouvelle colonie d’Alboussière. C’est ainsi qu’en 1958, cette dernière proposa à Evelyne Hollinger de la rejoindre pour occuper le poste à l’économat, lui paya un stage de 8 jours à Paris pour la former à ses fonctions. Elle obtint son diplôme en fin de stage et pu exercer à Beau Séjour pour la saison d’été qui démarrait en juillet 1958. “Nous venions en juin, raconte Evelyne Sahi, faire l’inventaire du nécessaire (couverture, etc). Nous passions nos commandes à Mr Cote à Lamastre ainsi qu’à Vernoux, ainsi qu’aux gens du pays : Ponsart, Despeysses, Poncères, les grossistes, boucherie et boulangerie pour l’ouverture de la colonie le 1er juillet 1958. J’y travaillais durant les trois mois de la colonie et dormais au 4ème étage (escalier de secours donnant dans la cour arrière avec buanderie sur la terrasse). Mon salaire était de 900 Frs ; c’était bien payé. J’étais sur le roche du matin au soir, avec des moments de détente de 12 à 15h et je finissais très tard. Nous étendions le linge avec Madame Chausson, Madame Arnaud et son mari sur cette terrasse qui reliait l’autre bâtiment. J’occupais une chambre seule et prenais mes douches au rez-de-chaussée comme les enfants. Chaque moniteur restait à dormir dans le dortoir pour surveiller les gamins. Je me souviens que je comptais les portions de fromage, que j’allais moudre le café chez Madame Crespin en face de la colo. Les pizzas étaient cuites à la Boulangerie de Monsieur Minodier. Des blocs énormes de glace provenaient de Vernoux pour être installés dans les gros réfrigérateurs où étaient stockés les viandes et tous les produits frais. Nous ne lésinions pas sur les quantités attribués aux enfants : viande, poisson, dessert, fruit, antésite, goûter de 16 heures, compotes. Les anniversaires étaient très bien fêtés, en équipe, le tout à l’annexe du château. Les parents des enfants participaient au prix du séjour, le reste étant à la charge des Industries chimiques. La colonie accueillait des “cas sociaux” de parents en difficulté pour offrir aux enfants des vacances. A la fin de l’été, à la fermeture de la colonie, nous rendions la marchandise non utilisée et nous partagions le reste des denrées périssables avec le personnel. Puis c’était l’inventaire et les comptes à rendre au service social des industries chimiques de Marseille. Je retournais à Marseille reprendre mes permanences au service social, m’occuper de la bibliothèque et/ou venir en aide aux employés d’autres usines. Un certain Michel Sahi, primeur, livrait la colonie en pommes de terre. Il était copain mais aussi concurrent à l’épicerie Despeysses juste en face. Nous nous sommes connus comme cela. J’ai poursuivi la colonie jusqu’en 1961, année durant laquelle nous nous sommes mariés et j’ai poursuivi en 1962 jusqu’en 1965 où j’ai ouvert notre magasin de “presse/souvenir, graine, laine, poterie, journaux”. Nous avons acheté le fond “tabac” à Mr Constanty en 1976. Nous avons tenu ce commerce durant 45 ans, jusqu’en 1997.”

 

Dans le même temps, Mr Mottin était en charge des travaux d’entretien et de réparation à la colonie. Guy Javelas se souvient : “Je faisais l’entretien de tout le matériel, aussi bien de la cuisinière à gaz que des chasses d’eau aux WC par étages, aux sanitaires et douches, et ce, durant les 45 ans que dura la colonie. A cette époque, les enfants étaient bien surveillés et on ne leur laissait pas tout passer. Au final, c’était les Industries Chimiques de Marseille qui réglaient les factures. Nous intervenions au printemps, avant l’ouverture, en automne pour les vidanges hivernales. Durant la saison, il s’agissait d’interventions d’urgence et de réparations. Il n’y avait personne en hiver. Je me rappelle que je venais en voiture pour ne pas me faire alpaguer pour boire un coups en passant devant les commerces tenus par les copains. J’y allais juste parfois pour 15mn de dépannage. Une année, il ne faisait vraiment pas chaud là dedans et tout avait éclaté au niveau des siphons. Autre anecdote : quelques enfants avaient les yeux rivés sur le jardin de la maison d’à côté, la maison de vacances de la famille Jacky Courbis, en particulier lorsque la gente féminine de la maison prenait le soleil en maillot de bain …!”

 

Les colons témoignent du temps des colonies

En 1954, Eliane Giverso alors âgée de 6 ans, asmathique, se trouvait à la colo avec les enfants des Industries Chimiques des Bouches du Rhône . “C’était une vraie révélation que cet endroit en milieu rural où j’ai découvert la vie en communauté, raconte-t-elle. Il existait 2 sessions de 45 jours en “colonie sanitaire” de bon air et de produits frais pour les enfants atteints d’asthme, de complications respiratoires : du 1er au 15 juillet, puis du 15 août à fin septembre, des années 1954 à 1960 où 150 à 180 enfants étaient encadrés par un moniteur pour 10 gamins. Mr Ruffin, instituteur à Marseille, assurait la colonie durant 3 mois avec Mme Freyssinet, Directrice Général en alternance avec Chambon sur Lignon. Il existait le bâtiment principal avec une annexe au bout du réfectoire ainsi qu’une annexe de chambrées et sanitaires au château. Je me souviens qu’en 1962/63 et 64, nous allions au à CHAPOUILLER ; chaque équipe d’adolescents de 14/15 ans allait y passer 2 jours par semaine sous la direction du moniteur en chef Mr Ariotti. Nous y faisions beaucoup de sports en groupe dont la marche et le canyoning. Puis il y eu trois sessions : juillet ou août, pour filles ou garçons, et septembre mixte ; il y avait beaucoup de demandes. Le personnel venait des Bouches du Rhône mais localement aussi : lingères, femmes de chambre, ménagères, cuisinières, infirmiers, moniteurs, Mme Sahi à l’intendance. Nous étions 12/15 enfants par dortoire avec un lit et placard pour chacun, sanitaire au rez-de chaussée et à l’annexe. Au premier étage, il y avait l’infirmerie, le bureau, les dortoirs et le stock de l’économat. Au rez-de-chaussée se trouvaient la cuisine, la réception, le réfectoire et les douches. Tout le monde se servait dans les frigos car ils ne fermaient pas. Je me rappelle que les moniteurs à 20 ans étaient plus vieux que moi et parfois je pleurais. Nous faisions des gâteaux d’anniversaire et le soir on recevait tout le monde De 1960 à 1980, la colonie de vacances “Beau Séjour” accueillait jusqu’à 250 enfants par mois, avec le même personnel qu’auparavant. De 13 à 17 ans, après mes 3 années de colon, j’ai aidé les monitrices de la colo. Puis j’ai passé mon Bafa en 1967/68 pour devenir monitrice au sein de Beau Séjour. A la colonie, nous organisions de petits jeux par équipes, des jeux de piste, des promenades, des représentations théâtrales, de la danse. Nous passions des disques classiques, imaginions des spectacles pour les enfants, organisions des sorties botaniques, allions à la découverte des habitants, et fréquentions temple et église tous les dimanches matins. Nous élaborions des vêtements végétaux avec des feuilles de châtaigniers cousues. Les moniteurs se retrouvaient dans la salle de réunion chaque soir pour un debriefing. Régnait une ambiance formidable. Toute la population venait à la colo d’Alboussière. Moi même j’y revenais trois semaines chaque année. J’achetais des légumes à Mme Despeysses. De 1947 à 1980, la vie économique du village, ainsi qu’à Vernoux, a été bouleversée car 250 personnes x 3, cela faisait du monde à faire vivre et manger.  En 1980, j’ai cessé cette activité pour me consacrer à mes nouvelles activités professionnelles. J’ai gardé le souvenir de ce bâtiment, tout en bois, où l’électricité, les douches et sanitaires n’étaient plus aux normes. De plus, durant 9 mois d’inoccupation chaque année durant, il se dégradait et c’était visible. La colo a été un déclencheur sur moi et je savais que j’allais y revenir.” Effectivement, Eliane Giverso a posé ses valises pour vivre paisiblement une vie très active de retraitée au sein de sa commune de prédilection.

 

Marie-Christine Dussaut quant à elle se souvient parfaitement du défilé du 14 juillet. “Chacun avait son lampion, raconte-t-elle. Il y avait un haut-parleur sur le toit d’une 203 noire. J’avais 7 ou 8 ans. Que de souvenirs de cette petite enfance! Je n’aimais pas le feu d’artifice. A cet âge, j’étais la “fiancée” de Jean-Jacques Valette ..() A 15 ans, durant deux années, j’ai travaillé avec Mr Ruffin à la colonie, dans les années 1967/1968. J’aidais Marie Chausson et Marie Lebrat à la buanderie; elles se disputaient souvent. J’installais les bols, donnais un coup de main à Marie Lebras aux cuisines puis je passais le reste de la journée avec Marie Chausson. Ma soeur Anne-Lise était monitrice à Beau Séjour. Cette colonie a marqué mon enfance et adolescence”.

 

Les colons fréquentaient régulièrement l’épicerie juste en face de la colonie ainsi que les deux boulangeries dont celle de Monsieur Jacques Minodier. Ce dernier alimentait la colonie de corbeilles de pains tandis que son épouse Colette tenait le bar mitoyen. Muriel Minodier, fille unique, se souvient, ainsi que Madame Jeanne Despeysses, l’épicière, de Mr Sachs, d’origine Yougoslave, qui s’occupait avec sa famille des enfants juifs de la colonie de Marseille. Mme Sachs faisait des gâteaux. Elles se souvient en particulier de leur petit garçon Touti qui aujourd’hui a 72 ans. De la même façon, leurs mémoires restent très vives quand elles relatent, dans les années 1960 environ, le pèlerinage d’une ancienne enfant juive, rescapée des camps de la mort. Jeanne Despeysses précise “..c’était une très belle femme. A ma question Comment a t elle fait? la réponse fut “M’dame, j’étais une belle femme, j’ai joué de mon charme”!

Madame Despeysses, née en 1924, a tenu l’épicerie depuis les années 1944/1945. “Tous les dimanches, il y avait du lapin au menu de la colonie de vacances Beau Séjour. Mon mari fournissait la colo en légumes, pommes de terre, etc. C’était la fête au village quand les cars des enfants arrivaient sur la place. A l’époque, les enfants étaient bien tenus et on ne leur laissait pas tout faire”. Et puis, de la colonie, il y a de très belles histoires à raconter. Plusieurs couples se sont formés comme ceux du moniteur Mr Moriotti qui a épousé Geneviève de Gilhoc. Mr Manza Gilbert, salarié de la colo, a épousé une monitrice. Paul Pouget a épousé Marinette Lebras de la pharmacie.

 

Tous les témoignages s’accordent à dire que la vie économique du village, de Vernoux et des environs, de 1947 à 1980, a été animée par tous ces enfants trois mois durant. Les habitants toutes générations confondues festoyaient avec les gamins de la colo avec, en point d’orgue, la grande représentation durant les fêtes estivales de la commune.

 

La mort programmée de la Maison Beau Séjour

1992 : Faute d’occupation neuf mois durant depuis des dizaines d’années, de sanitaires, électricité, boiseries à tous les étages, le bâtiment s’est dégradé et devenait un risque pour tous les occupants. Il y eut, précise Eliane Giverso, moins de fréquentation. A cette époque en effet, fleurissaient un peu partout en France des centres aérés, centres de loisirs avec l’omniprésence de sports en tous genres, ce qu’il n’y avait pas à la colonie.” La commune d’Alboussière se porta acquéreur du bâtiment qui abritera, durant une quinzaine d’années, les associations locales, comme le Calac qui y a élu domicile à ses débuts. Les animations se préparaient dans ces locaux avec les enfants du village, les estivants : comédies musicales, jeux, préparations tu téléthon 91, fête de la musique, exposition du travail des enfants et ce, jusqu’à la démolition programme de Beau Séjour.

 

Nombreux sont celles et ceux qui ont assisté, suivi, photographié, appréhendé avec crainte, tristesse, regret et nostalgie la destruction de la colonie de vacances Beauséjour! Eliane Giverso, Marie-Christine Dussaut, Eveline Sahi, Guy Javelas, Jeanne Despeysses, et bien d’autres, avec qui le sujet a été évoqué comme Mr Jacques Dubay ancien Maire, expliquent “Le bâtiment était vétuste, tout en bois, plus aux normes de sécurité”. Jean-Marc Vincenti qui a travaillé à la colo écrit “Cette vieille maison qui a vu passer depuis près de quarante ans des centaines de jeunes, des générations même, n’entendra plus dans ses murs les cris des enfants de la Chimie… La maison était bien vieille alors on l’a vendue!. Merci à tous ceux qui ont travaillé avec dévouement depuis la première colo jusqu’à ce jour d’août 83 où le dernier car a quitté la colonie, emportant ses derniers enfants et ne nous laissant plus que des souvenirs.”

 

Ainsi, les habitants d’Alboussière ont vu disparaître, trois semaines durant à dater du 15 mars 1997, celle que l’on appelait la “colo de Tonton Ruffin”. Son nouveau propriétaire, L’Habitat Dauphinois, a rebâti plusieurs étages d’habitations à loyers modérés avec, au rez-de-chaussée, la boulangerie acheté d’abord par la municipalité puis revendu aux époux Duquesne puis Bruniere, les boulangers actuels. Aux lieu et place de la cour ombragée et du réfectoire s’alignent désormais plusieurs garages. Quant aux associations, elles ont rejoint ce qui reste de la colonie : l’annexe nommée “le château” au-dessus de l’Office de Tourisme.

 

Ainsi se termine l’épopée des âges de ce que fut la “Maison Beauséjour”. D’immenses remerciements à toutes les personnes nommées au fil des trois articles et en particulier à Philippe Ponton, Bernard Courbis, Bernadette Sanchez, Marie-Christine Dussaut, Jeanne Despeysses, Eliane Giverso, Evelyne Sahi, Guy Javelas, Michèle Castaing et son mari, Muriel Minodier, Evelyn et Gérard Baudet et toutes celles omises par défaut.

 

(1 - source : “Le plateau d’Alboussière” par S. Dumas Edition Blache 1916), instituteur ayant enseigné à Alboussière de 1879 à 1911)

(2 - source : Danièle Castaing épouse Dominique Pierre CHAMBEYRON Lyon

(3 - source : 1914 - 1918 Le plateau de Crussol Calac Généalogie Bernadette Sanchez)

(4 - source 18 pages émanant de Roger Misrahi transmises par Madame Michèle Fourniol)

(5 - Albums photos et commentaires de Jeanne Despeysses, Marie-Christine Dussaut, Bernard Courbis, Bernadette Sanchez, Evelyne Sahi, Muriel Minodier, Eliane Giverso)